LE MONDIAL DE L'AUTO CONTRE LA MAIRIE DE PARIS
Messieurs les automobilistes, je vous hais. Je vous hais de l'intérieur: il m'arrive de prendre
parfois ma bagnole et de me comporter comme un porc, c'est à dire comme tous les automobilistes. Je
klaxonne, j'accélère, je double à droite, je sécrète de l'adrénaline, je peste, je postillonne, et j'avance
mon engin d'acier pour enfiler la Terre entière. Je perds mon temps dans les embouteillages et je supplie
que le temps passe, vite, que ça se débloque. Ah, si je pouvais être plus vieux et plus proche du
cimetière!
En général, je circule à vélo et j'observe l'automobiliste: le gros con en 4x4 BMW soixante litres au cent
et dix à l'heure dans les rues, écrasant la petite bonne femme d'une roue, le piéton de l'autre, le gosse
d'une troisième, téléphonant d'une main et grattant ses poils sous une chaine en or. Dans la hiérarchie,
on trouve le 4x4 immatriculé 92, encore plus répugnant que le 4x4 immatriculé 75. Pis encore: le 4x4 avec
pare-buffles immatriculé 78. Le broussard qui arrive de Versailles ! Un cycliste, trois piétons, seize chats
et autant de chiens coincés par son pare-buffles ! Ensuite le gros con à limousine. Limousine noire immatriculée
75. Accélérations, queues de poisson et insultes à la femelle ("Pétasse, pouffiasse, avance!"). Ensuite, le
salaud en voiture de livraison. Le véritable assassin celui-là. Son tas de ferraille délabré passe sur tout,
notamment sur le vélo, dont il emprunte les couloirs: "Ta geule, je bosse, moi !"
Le motard. Cette espèce de bombe hurlante, puante et zigzaguante, le gros hippopotame mijotant dans sa sueur
sous sa cuirasse, coups de pieds à droite et à gauche, bave aux lèvres. La seule fois où j'ai failli me faire
casser la figure, c'est par un motard qui jugeait que je n'allais pas assez vite dans la file des bus.
La belle salope en Smart. Ah, celle-là ! La jupe relevée jusqu'au nombril, le portable à l'oreille, l'insulte
aux lèvres comme un mâle, le pare-chocs dégoulinant du sang de toutes les mémés écrasées depuis son départ.
L'affiche du Salon de l'auto montrait un plan de Paris marqué de la silhouette d'une voiture, exactement comme
un fer rouge marque la chair d'un boeuf. La bagnole incruste sa marque dans la chair de Paris. Tu vois,
Delanoë, t'essayes de diminuer un peu le poids de la voiture, on te rappelle à l'ordre : ta ville est
marquée au fer de l'infamie et de la souffrance.
Car la bagnole fait souffrir l'humanité. La bagnole, c'est Bush. La bagnole c'est la guerre à l'Irak. 8000 morts !
Mais c'est pas assez ! Crevez, salauds ! 100 000 morts par an ! 200 000 ! En dix ans, le problème de la bagnole
serait réglé.
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